URGENCE D'UNE RÉVOLUTION HUMAINE...
Nouvelle

04.02.07

Le droit à une éducation humanisante

Par Gaston Marcotte, professeur associé à la Faculté des sciences de l’éducation de l’Université Laval et président fondateur du Mouvement Humanisation.

L’Agence France Presse a fait parvenir dernièrement aux médias un communiqué sur L’Enfance volée en France. Selon un rapport parlementaire entre 40,000 à 80,000 enfants sont victimes de sectes en France. Les membres de cette commission d’enquête s’alarment du sort de ces mineurs « auxquels on vole leur enfance » et qui se trouvent « en situation de danger », du fait de l’endoctrinement, de conditions de vie précaires, du manque de suivi médical et d’une scolarisation hasardeuse. Ce rapport soulève une question fondamentale : celle de l’appartenance d’un enfant et de son droit à une éducation humanisante. Cette question est également au cœur du débat médiatique sur les accommodements raisonnables qui fait actuellement rage au Québec.

Dans le débat public sur les accommodements raisonnables, on discute presque exclusivement des effets de la croyance religieuse sur une société démocratique comme le Québec qui se veut laïc, égalitaire et pluraliste. Peu d’intervenants ont abordé les causes de ces tensions sociales qui perturbent de plus en plus les démocraties et les solutions possibles. Si les gouvernements démocratiques ne s’attaquent pas rapidement à la cause principale de ces tensions, elles ne feront que s’amplifier. À la limite, elles risquent même de faire imploser de l’intérieur les démocraties comme certains observateurs avisés le prédisent déjà.

L’humanité vit présentement une crise de sens qui s’est mondialisée. Ce cul-de-sac existentiel a conduit notre espèce à une crise humaine et écologique sans précédent qui menace maintenant sa survie même. Suite à la « sortie de la religion » et à la faillite des idéologies (anarchisme, socialisme, communisme, fascisme, nazisme, capitalisme) au cours du XXe siècle, les humains ont perdu les valeurs et les idéaux qui donnaient jadis un sens et une direction à l’ensemble de leur vie individuelle et collective. Ils sont actuellement en quête d’une nouvelle conception du monde et de la vie capable de les unir à nouveau dans un projet commun répondant à leur aspiration la plus profonde : vivre ensemble en paix et heureux.

Les démocraties ne résisteront pas à l’implosion déclenchée par les exigences des intégrismes de tout acabit, si une majorité de leurs membres ne partage pas un socle commun de valeurs capables de donner un sens et une direction à leur vie personnelle, professionnelle et sociale ainsi qu’aux institutions dont ils se dotent pour satisfaire harmonieusement leurs aspirations et leurs besoins.

Ce monde commun évoque, selon Jean-Claude Guillebaud, « les représentations collectives de base, le croire minimal autour duquel s’organise une société… » Ce consensus minimal se fait habituellement autour d’une éthique qui véhicule une conception du monde et de la vie ainsi que certaines valeurs qui donnent un sens et une direction à l’aventure humaine d’un peuple. Une telle éthique est au cœur d’une éducation humanisante. Elle fonde ce consensus minimal devenu incontournable dans les sociétés démocratiques de plus en plus pluralistes. « La démocratie, pas plus que la société, ne peut donc se bâtir sur le seul empilement de croyances disparates » écrit Guillebaud. Sans un tel consensus éthique, la vie en société devient de plus en plus invivable.

Avec le nouveau programme d’éthique et de culture religieuse, qui doit débuter en septembre 2008 dans l’école québécoise, le peuple québécois a une occasion unique de se doter d’une éthique commune capable d’unir ses membres dans un projet social qui transcende les différences religieuses qui le divisent actuellement. Cette éthique, pour unir les citoyens dans un projet commun, doit être fondée sur la nature humaine et ses exigences de développement et de bon fonctionnement dans ses rapports avec elle-même, autrui, la société, l’humanité et l’environnement. Fondée sur la nature humaine, elle sera donc naturelle et universelle et transcendera les éthiques religieuse et les idéologies doctrinaires qui ont divisé les humains et les ont soulevés les uns contre les autres tout au long de leur histoire et encore aujourd’hui. Cette éthique, pour être unificatrice, doit englober l’éducation à la citoyenneté qui transmet les principes et les règles devant humaniser les rapports que les citoyens entretiennent entre eux.

La vie étant la finalité de la vie, toute vie est, de par sa nature même, sa propre fin, sa valeur ultime, son souverain bien. Donc, pour répondre à notre question du début, nous posons que toute vie humaine s’appartient y compris celle d’un enfant. Par conséquent, l’enfant n’appartient ni à la famille, ni à la religion, ni à l’école, ni à l’État et encore moins au marché. L’enfant, de par la dignité inhérente à sa nature consciente d’elle-même, s’appartient totalement, même s’il n’a pas encore l’âge de raison. C’est pourquoi dans les États démocratiques, les enfants n’ont que des droits et les adultes n’ont que des devoirs à leur endroit.

Tous les enfants du monde héritent en naissant d’un merveilleux potentiel d’humanité qui ne demande qu’à s’actualiser. Compte tenu de sa nature inachevée à la naissance, chaque enfant a donc un droit inaliénable aux connaissances, aux pratiques et aux conditions favorables à son processus d’humanisation dont dépendent son bonheur individuel et collectif ainsi que la survie même de son espèce. Les adultes ont le devoir moral de faire respecter ce droit. Ne pas le respecter est le premier crime contre l’humanité puisque tous les autres en découlent directement ou indirectement.

Pour respecter ce droit à une éducation humanisante, l’enfant a droit à une éthique humanisante, qui est au cœur de tout processus d’humanisation. La société a donc la responsabilité morale de faire respecter le droit de chaque nouvelle génération à une éthique humanisante. C’est le seul moyen d’offrir à tous les membres d’une société donnée une vision du monde et de la vie humaine qui les unissent autour d’un système commun de valeurs plutôt que de les diviser. Aucun individu et aucune association ou institution (étatique, religieuse, politique, économique, éducative) n’a le droit de priver un enfant de son droit inaliénable à une éducation humanisante et par conséquent à une éthique humanisante dont dépendent son bonheur individuel et collectif, l’avenir des démocraties ainsi que la survie même de son espèce.

La mission sociale du Mouvement Humanisation est de faire respecter ce droit de tout enfant qui coexiste avec son droit inaliénable à la vie, qui est en fait le droit à une vie humaine. Ce droit précède et transcende le droit à une vie hindouiste, bouddhique, judaïque, chrétienne ou islamique. Voilà pourquoi, le nouveau programme d’éthiques de l’école québécoise doit se fonder sur les exigences de bon développement et de bon fonctionnement de l’être humain dans ses rapports avec lui-même, autrui, la société, l’humanité et l’environnement.


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Dernière mise à jour le 19.09.2008