URGENCE D'UNE RÉVOLUTION HUMAINE...
Nouvelle

11.10.06

L’intégrisme menace les démocraties

Par Gaston Marcotte, professeur associé à la Faculté des sciences de l’éducation de l’Université Laval et président fondateur du Mouvement Humanisation.

Dans son article du 8 septembre, intitulé « Au nom d’un dieu », Franco Nuovo exprime son inquiétude face à l’intégrisme religieux dans un Québec démocratique qui se veut accueillant et tolérant. Monsieur Nuovo a soulevé un problème fondamental qui est en train de saper de l’intérieur toutes les démocraties. Si elles n’y trouvent pas rapidement une solution elles risquent de ne pas survivre au XXIe siècle si on en croit certains auteurs. En tant qu’éducateur, je partage ses craintes pour deux raisons majeures qui m’apparaissent cruciales pour l’avenir des démocraties.

L’intégrisme religieux est l’attitude de croyants qui refusent toute évolution. Convaincus de la vérité absolue de leur doctrine soi-disant révélée par un dieu quelconque, les intégristes rejettent tout changement qui remet en question les dogmes de leur religion respective. Cette position dogmatique et sectaire tend à déboucher sur l’exclusivisme quand ce n’est pas sur l’intolérance et le fanatisme. Seuls ceux qui vivent de la religion et en attendent une félicité éternelle et les fidèles qu’ils ont endoctriné en bas âge dans une telle croyance ont intérêt à maintenir en place une conception du monde et de la vie sans fondement qui divise sans répit les humains et les soulève les uns contre les autres comme en témoignent quotidiennement la télévision et toute l’histoire de l’humanité.

Il y a deux questions de fond que l’article de monsieur Nuovo soulève. La démocratie est un gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple. Elle est fondée sur la dignité humaine d’où découle la Déclaration universelle des droits de l’homme (1948) ainsi que les différentes chartes des droits et libertés de la personne dont se sont dotés différents gouvernements y compris le Québec. « Est-ce que les citoyens qui ont opté pour un gouvernement démocratique peuvent tolérer des religions et des sectes qui ne respectent pas certains de ces droits et libertés (on a qu’à penser à la place des femmes dans les religions monothéistes), enseignent des façons de penser et de faire qui rendent difficile l’intégration de leurs fidèles dans une société qui n’est pas théocratique et encouragent directement ou indirectement un certain intégrisme qui tend à déboucher sur l’intolérance et le fanatisme? » Voilà la première question.

Si toute vie est, de par sa nature même, sa propre fin, elle est donc pour celui qui la possède, sa valeur absolue, son souverain bien. C’est pourquoi un enfant n’appartient ni à ses parents, ni à l’Église, ni à l’État mais à lui-même. Or, chaque enfant hérite en naissant d’un merveilleux potentiel d’humanité. Il doit cependant l’actualiser s’il espère satisfaire ses besoins, ses désirs et ses aspirations dont dépendent non seulement sa qualité de vie individuelle et collective mais également la survie de son espèce. Voilà pourquoi après le droit à la vie, chaque enfant a un droit inaliénable aux connaissances, aux pratiques et aux conditions favorables à son processus d’humanisation. Ne pas respecter ce droit est le premier crime contre l’humanité puisque tous les autres en découlent directement ou indirectement. Chaque enfant a le droit à une éducation humanisante fondée sur les exigences de développement et de bon fonctionnement de la nature humaine et non pas d’une nature supposément surnaturelle totalement dépendante d’un dieu dont l’existence n’a jamais été démontrée. Une telle éducation est d’autant plus primordiale que l’histoire a démontré à satiété que les religions ont été et continuent d’être l’une des principales causes de division et de conflit parmi les membres de l’espèce humaine.

C’est pourquoi la priorité de tout système d’éducation dans une démocratie est d’aider chaque nouvelle génération à connaître et à développer son potentiel d’humanité et non pas à l’endoctriner dans une idéologie quelconque quelle soit religieuse, politique, patronale ou syndicale. C’est suite à la reconnaissance de la dignité de leur commune nature, que les humains se sont dotés d’États de droit fondés sur l’égalité et la justice. Chaque citoyen et chaque citoyenne doivent se reconnaître avant tout comme membre à part entière de l’espèce humaine nonobstant leur sexe, leur couleur, leur âge, leur langue, leur religion, leur classe, leur parti ou leur idéologie. « Est-ce que les adeptes d’une religion ou d’une secte peuvent priver des enfants d’une conception naturelle, complexe et le plus scientifique possible de leur nature et des connaissances, des pratiques et des conditions propices à l’actualisation de leur potentiel d’humanité parce qu’elle va à l’encontre de leur vision du monde et de leurs dogmes? » Voilà la deuxième question.

Ces deux questions auxquelles tous les démocrates du monde auront tôt ou tard à répondre sont incontournables. L’absurde de la situation est que nos politiciens qui ont la responsabilité de faire respecter la Charte québécoise des droits et libertés de la personne se font piéger par ceux-là mêmes qui l’utilisent pour justifier des institutions qui ne respectent pas certains droits des femmes et des enfants et qui sont une des principales causes de conflits et de guerres entre les humains. Ensuite, on se surprend que les démocraties sont en train d’imploser de l’intérieur sous les tensions créées par leurs propres contradictions.

Gaston Marcotte, président

Mouvement Humanisation

Gaston Marcotte

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Dernière mise à jour le 25.05.2011